mercredi 18 juillet 2012

Intervention en séance plénière au sujet du parcours d'accueil et d'intégration civique

PROPOSITION DE DÉCRET
Instituant un parcours d’accueil et d’intégration civique (Doc. 620 (2011-2012) — N° 1)
INTERVENTION de M. Marc ELSEN en séance plénière du 18 juillet 2012

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Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Chers Collègues,
 Par rapport à la première version MR, rejetée par notre Majorité le 14 mars dernier, il n’y a aujourd’hui que deux différences significatives sur le fond : 1. Le texte d’aujourd’hui prévoit que ce sont les 7 centres régionaux d’intégration existants qui organiseront le parcours, et pas des nouveaux « bureaux d’accueil » prenant la forme d’asbl ; 2. Le texte prévoit que lorsque le bénéficiaire ne remplit pas les obligations qui lui incombent, à savoir suivre un parcours d’accueil et d’intégration civique, une amende administrative de 100 à 2500 € par infraction pourra lui être infligée. Dans la première version l’amende allait de 50 à 5000 €.
Rappelons que depuis l'adoption du décret de 1996, des structures ont été mises sur pied pour permettre l'intégration des personnes étrangères et que, par ailleurs, le Gouvernent s’est engagé, dès 2009, « à mettre en place, au départ des initiatives existantes et des organismes en place, un véritable parcours d’accueil et d’insertion des primo-arrivants qui aura pour objectif de fournir à la personne le soutien et les informations nécessaires pour mener sa vie dans notre Région, en toute autonomie ».
Le constat que fait depuis le début le cdH est qu'il y a une multitude d'outils destinés à faciliter le quotidien des primo-arrivants et des personnes étrangères ou d'origine étrangère, mais qu’une meilleure coordination et rationalisation de ces outils devrait être opérée en vue d'augmenter les chances de réussite de cette politique. Il faut, cela s’impose, gagner en efficacité !

Raison pour laquelle, en janvier, la Ministre annonçait qu’un véritable parcours d'accueil et d'intégration des primo-arrivants allait être organisé dans notre Région. Il allait être développé à partir des initiatives existantes, et en collaboration avec l'ensemble des acteurs. Allaient être combinés 3 éléments minimums : le français comme langue étrangère, la « citoyenneté » et l'orientation socioprofessionnelle. Enfin, « ce parcours serait volontaire » : c'est ce qui avait été retenu à l’époque nous disait-on. Le Gouvernement allait travailler sur cette base et reviendrait, dans le courant de l'année 2012, avec une note plus précise au Gouvernement…
Le 6 juin dernier, vous changiez, Madame la Ministre, au nom du Gouvernement, quelque peu votre position initiale - en bien ( !) - en déclarant  que si dans la première mouture, on parlait effectivement de parcours sur base volontaire, vous étiez toujours ouverte à la discussion à propos d’un parcours obligatoire ! Le débat avançait donc dans la bonne direction au niveau de l’Exécutif.
Deux jours plus tard, le MR déposait sa Proposition de décret n°620, qui, en réalité, ne dit pas vraiment autre chose que ce qu’avait au préalable annoncé le Gouvernement wallon…
Dernière date importante dans ce dossier : le 19 juin dernier, lorsque Madame la Ministre annonçait qu’elle allait enfin « déposer au Gouvernement, tout prochainement, un projet, qui formalisera ce parcours d’intégration ».
C’est alors que le MR, pour « rester dans le wagon » dirons-nous, décida de demander l’examen en urgence de sa Proposition de décret 620, en séance plénière…
Que dire alors, si ce n’est que, concernant cette deuxième « tentative » libérale, les arguments avancés en mars par le cdH n’ont aujourd’hui pas changé ! Nous sommes d’accord avec le groupe MR pour dire qu’« un des grands enjeux qui se pose aujourd’hui en Wallonie, c’est la mise en œuvre d’une véritable politique d’accueil structuré des migrants : un dispositif qui vise à leur autonomie, leur intégration, leur émancipation ainsi qu’à leur participation dans un projet commun de société ». Mais, avec nuance, il s’agit pour nous de dire aussi que la présence de citoyens d’origine étrangère ou d’étrangers peut constituer une source de richesse pour notre société. Et il s’agit, dans ce cas, pour les pouvoirs publics d’accompagner au mieux ces personnes, et de leur donner les moyens et outils pour s’intégrer, pour trouver un travail, et pour s’épanouir dans notre société et dans nos valeurs.
Pour le cdH, il ne fait aucun doute que l'objectif doit être, d’abord et avant tout, de créer un circuit de motivation. Il y a des droits mais il y a aussi, pour tous, des devoirs ! Pour le cdH, cela passe nécessairement par un certain nombre d'obligations, dont celle proposée par le Gouvernement de se présenter au bureau d’accueil, en vue de suivre un parcours d’accueil adapté aux besoins de la personne et de notre société !
Sur le principe, le cdH le réaffirme, car il l’avait déjà fait savoir précédemment : nous sommes toujours demandeurs d’une politique d’accueil beaucoup mieux organisée et structurée. Néanmoins, nous estimons que c’est le Gouvernement qui est le mieux à même de faire une proposition concrète en la matière. Et nous voulons que cette éminemment importante réforme puisse se faire en concertation étroite avec le secteur, ce que, à notre grand regret, le MR n’a pas pris la peine de faire…
La politique d’intégration représente, au niveau wallon, pas moins de 3,25 millions d’euros pour 2012 ! S’ajoutent à cela les subventions en matière d’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère, des subventions accordées à des organismes de recherche, d’information et d’action en matière d’intégration des migrants, des PCS dans les villes et communes, des appels à projets annuels « initiatives locales de développement social », ainsi que, pour compléter ce dispositif d’aide aux opérateurs wallons, le FIPI. Sans oublier, parmi les acteurs de première ligne, les CPAS ! Et à côté des politiques publiques, le rôle ô combien important du milieu associatif wallon.
Un constat s’impose en conséquence : une grande majorité des acteurs sociaux de ce très complexe secteur relève un manque de coordination entre acteurs et associations de terrain, ainsi qu’un manque d’informations sur les outils existants. J’ai fait allusion aux conséquences de ces constats partagés par le cdH au début de mon intervention.
Il fallait pouvoir entendre ces critiques ! Tant le monde associatif que les responsables publics que sont la Région, la Province, mais également les villes et communes, sont concernées… Quoi qu’il en soit, le Gouvernement wallon a pris ses responsabilités, et nous l’en félicitons !
Je dirais donc au MR : Ne cherchons pas de discorde là où il n’y en a pas ! Nous avons tous le même objectif, Majorité comme Opposition : Une meilleure intégration des personnes qui arrivent en Wallonie. Le cdH adhère totalement à la volonté d'aboutir à un texte réformé et en phase avec les nouvelles réalités, dans les plus brefs délais. Notre groupe soutiendra le Gouvernement dans cette voie, pour une entrée en vigueur d’un dispositif clair dès janvier 2013… Il ne fait par ailleurs aucun doute que les CRI, mis sur pied en 1996, doivent évoluer, se repositionner, et recentrer leur mission sur l’organisation d’un parcours d’accueil individualisé performant.
Certes, une réserve avait été émise dès janvier par le cdH, par rapport à la position de la Ministre Tillieux de mettre en place un parcours d’intégration sur base volontaire. Cette réserve est aujourd’hui toujours d’actualité ! Mais les engagements et garanties qui nous ont été donnés par le Gouvernement nous laissent à penser que nous sommes sur la bonne voie !
Avant tout, il y a, en premier lieu, la nécessité d’analyser les politiques wallonnes en place ! En tant qu’Humanistes, nous avons plaidé pour une évaluation globale et objective de celles-ci, et de leur coordination. L’efficience, le pragmatisme, c’est ce que nous recherchons !
Le Gouvernement wallon nous annonce que l'accueil devrait se faire via un bureau qui sera organisé via les CRI. Nous nous appuierons donc sur les 7 CRI existants ! L'accueil sera personnalisé. Le primo-arrivant sera tenu de se présenter à l'accueil dans un délai de trois mois à dater de sa première inscription dans la commune sur notre territoire. Lors de son inscription dans une commune, chaque personne concernée recevra obligatoirement toute l'information nécessaire relative au parcours. Elle sera orientée vers un bureau organisé par les CRI. La convention sera conclue sur une base volontaire entre le bénéficiaire et le centre, lequel délivrera une attestation relative au module d'accueil et à sa fréquentation. Enfin, la Région imposera une amende administrative au primo-arrivant qui ne transmettra pas cette attestation à la commune, et le Gouvernement fixera les montants, minima et maxima, en fonction d'une méthodologie d'objectivation via un benchmarking avec les pays et régions voisins qui appliquent déjà le système du parcours.
Nous saluons d’ores et déjà toutes ces options, lesquelles, nous insistons sur ce point, ne sont bien entendu pas définitives ! Le Gouvernement s'est engagé à évaluer, tant en termes de qualité qu'en termes de quantité, le dispositif, pour pouvoir améliorer son fonctionnement, sa gestion et ses modalités.
C’est donc bien, en définitive, le Gouvernement wallon qui est le mieux à même de faire une proposition cohérente. La méthode de travail qu’il propose depuis plus d'un an se veut, pour reprendre les termes de Madame la Ministre « pragmatique, respectueuse des personnes et consciente des moyens à disposition aujourd'hui. Elle cherche à valoriser les opérateurs en place et vise, dans un premier temps, à mieux coordonner les initiatives de terrain ».
Mais dans ce dossier, ne nous en cachons pas, le problème de la connaissance de la langue est un problème central. Cet apprentissage devrait effectivement idéalement être obligatoire…
Reste la question du budget à débloquer pour pareille réforme… Nous terminons aujourd’hui l'exercice difficile de l'ajustement budgétaire... Il est clair que pour ce qui concerne les moyens budgétaires à prévoir, des évaluations devront être mises en œuvre progressivement, pour nous permettre surtout de voir ce qui est souhaitable, en respectant nos objectifs, et compte tenu de ce qui existe aujourd'hui. Cela nécessite encore pas mal de négociations, et notamment avec d'autres niveaux de pouvoir, pour déterminer exactement les moyens qui pourront être mis à disposition. On ne pourra faire les choses correctement que si on les évalue, comme toute politique publique digne de ce nom.
Par rapport à tout cela, et face à l’impatience du MR, je répondrai donc que nous avons aujourd’hui un accord au Gouvernement wallon sur une Note de base, qui permettra de préparer un décret, qui sera présenté prochainement, moyennant évidemment encore quelques concertations avec les autres entités francophones.
Or, sur ce dernier point, il est vrai qu’il reste pas mal de chemin à parcourir. Pour preuve on apprenait la semaine dernière que la Ministre Tillieux et que le Ministre-Président Bruxellois n’avaient pas tenu la même expression sur ce que doit constituer un parcours d’intégration obligatoire… Il n’y a donc toujours pas « d’accord intrafrancophone », alors que Madame la Ministre nous assurait en commission il y a deux semaine qu’il y en avait un ! Nous attendons donc des exécutifs wallons et bruxellois qu’ils se prononcent maintenant clairement sur la définition du public-cible, les étapes du parcours, le caractère obligatoire de certaines étapes du parcours et enfin, cela va de soi, sur les moyens à consacrer à la mise en œuvre de ce parcours… Il faut faire en sorte que nous puissions construire des dispositifs qui soient le plus semblables possibles en Wallonie et à Bruxelles. C'est important qu'il y ait une vision cohérente, si l'on veut un cadre précis et stimulant.
Oui Monsieur Borsus, vous avez raison « il y a encore une partie du chemin à faire ». Et c’est bien normal. Le monde ne s’est pas fait en un jour ! Toujours est-il que nous avons tous les mêmes objectifs. Il s’agit de s'appuyer, d'optimaliser et d'optimiser, dans un cadre déterminé, ce qui se fait aujourd'hui. Personnellement, je tiens à me réjouir de la démarche.
Le MR a demandé l'urgence pour son texte, alors que l'on avait déjà discuté de la question, et qu'au moment où la commission s'était penchée sur le premier texte MR, la Ministre s'était engagée à venir avec un dispositif décrétal dans les mois à venir. L'urgence ayant été accordée à ce texte, nous sommes appelés à voter aujourd’hui sur la pertinence de celui-ci. Et pour le cdH, il n’est toujours pas pertinent !
Nous sommes en cours de processus. Croyez bien que nous continuerons à nous y attacher de près ! Nous avons une obligation morale et politique d’y parvenir, mais dans le respect des personnes, dans ce respect qui nous amène à dire que l'on peut croire que l’autre est favorable à un changement. C'est cela la base du respect mutuel.
La « responsabilisation » implique selon nous une « démarche ». La responsabilisation forcée ne donne pas forcément les réponses que l'on souhaite. Par contre, lorsque l’on s'approprie une démarche active, à titre personnel, dans un dispositif, on devient responsable dans une société. Il ne faut pas être angélique non plus, il y aura forcément des personnes qui, par crainte ou par rupture culturelle, y verront un danger. Probablement que certaines personnes ne voudront pas entrer dans le dispositif. Il est de ce fait important qu'il y ait des sanctions qui imposent le début de cette démarche de responsabilisation, et cela est prévu dans la Note du Gouvernement qui nous a été présentée !
Dans quelques semaines, nous aurons l'occasion de discuter, de façon approfondie, du projet de décret qui nous est annoncé. Il y a un dispositif qui fait clairement référence à l'information pertinente sur les droits et les devoirs de chaque personne, à un bilan social et à l'accomplissement des démarches administratives. Cet aspect-là est obligatoire, c’est évidemment heureux, et il va forcer l'accrochage à un dispositif qui va s'établir dans le temps. Il s’agit par-là de construire la responsabilisation et la responsabilité citoyenne !
Le Gouvernement travaille, depuis des mois, avec une concertation des personnes et acteurs de terrain, que nous tenons à remercier pour leur engagement. Demain, ils seront les premiers concernés par la mise en œuvre efficace d’un véritable parcours d'intégration et d'émancipation !
Avec une garantie importante puisque, si d'aventure il s'avère que le dispositif, à court terme, ne répond pas aux objectifs que nous nous sommes fixés, il est clair qu’il faudra le rendre plus contraignant. De là à prétendre, dès le départ, qu'il ne va pas marcher... Quel pessimisme ! Il faut de l’optimisme en ces temps difficiles !
Je vous remercie                                                                                            Marc ELSEN  

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